N'ouvre jamais la porte à un inconnu

— N'ouvre jamais la porte à un inconnu.

Qui n'a jamais entendu cette phrase stupide tant répétée par les parents? Bien sûr, je n'échappe pas à la règle. Même encore aujourd'hui, alors que j'ai seize ans déjà, j'ai droit à ce refrain stupide.

 

Tandis que j’ouvre la porte de devant pour sortir les poubelles, j’aperçois une voiture noire entrer dans la cours. Malgré le brouillard qui règne dehors, je réalise aussitôt que ce n’est pas la voiture de mon père. Celle-ci semble plutôt… inquiétante, voir menaçante. On dirait une voiture sortie tout droit d’un film d’action, – ou d’épouvante d’ailleurs –.

Sans même attendre de voir si son conducteur en descend, je m’empresse de refermer la porte et la verrouille aussitôt. Puis, je recule de quelques pas et reste là, apeurée. Qu’est-ce que j’attends, au juste ? Aucune idée. J’imagine qu’il va essayer d’entrer, il est venu pour ça, non ? Ce qu’il fait. J’aperçois la poignée s’agiter sous mes yeux apeurés, d’abord doucement, puis de plus en plus vite. Fort heureusement, la porte est verrouillée et ne s’ouvre pas.   

Tandis que la peur me paralyse, je réalise soudain avec effroi que l’autre porte qui mène sur la cours est elle restée ouverte. Retrouvant enfin mes jambes, je cours aussi vite que possible à travers toute la maison comme une dératée afin de l’atteindre avant lui. Qui que ce soit, hors de question qu’il entre.

Dès que je suis certaine que toutes les portes extérieures sont verrouillées, j’entreprends de jeter un coup d’œil par la fenêtre afin de connaître l’identité de mon visiteur. Sauf qu’à ma grande surprise, il n’y a personne dehors et personne dans la voiture. Curieuse, je me penche davantage lorsqu’une deuxième voiture, identique à la première, se gare juste derrière celle-ci. Les vitres étant fumées, impossible de reconnaître qui que ce soit.

Alors que j’essaie de plisser les yeux pour mieux voir, – comme si cela allait faire apparaître ces maudits conducteurs – cette fois ce n’est pas une mais bien toutes les poignées de la maison qui se mettent à bouger en même temps. Pourtant, je ne suis pas folle, il n’y avait personne dans la cours, j’en suis certaine. Je veux dire, je n’ai vu personne ! Comment ces poignées pourraient-elles bouger seules ? C’est invraisemblable.

Alors que tous mes sens sont en alerte, tachant de trouver une cohérence à toute cette pagaille, une troisième voiture fait irruption dans la cours et je me recroqueville sur moi-même, recouvrant mes oreilles de mes mains, comme si le fait de ne plus entendre le bruit allait le faire s’arrêter.

Ma gorge se noue et la peur me broie de l’intérieur. Que se passe-t-il ? Rien de tout cela n’a de sens. Ils veulent rentrer. Même si j’ignore qui est ce « ils », ni même si s’ils sont d’origine humaine.

C’est ce moment que choisit mon petit-frère pour sortir de sa chambre, descendant tranquillement les marches de l’escalier. Le bruit s’interrompt aussitôt, les poignées cessent de s’agiter :

— Ils sont revenus? me demande-t-il.

— Qui ça ?

Ignorant ma question, il reprend :

— Quoiqu'il arrive, ne les laissent jamais entrer dans la maison, sous aucun prétexte, tu m'entends?

— Mais qui ? Pourquoi tu dis ça ?

Puisqu’il ne répond pas, je répète ma question:

— Pourquoi tu dis ça ?

Il ne réagit pas et je me réveille en sursaut, pleine de sueur. Ouf, ce n'était qu'un cauchemar. Rien de plus qu'un horrible cauchemar. Stupide, effrayant mais inoffensif.
 

Tandis que je me remets de mes émotions, le bruit d'une voiture qui entre dans la cours me fait sursauter. Nunuche, pourquoi tu t’inquiètes ? C'est l'heure à laquelle rentre Papa tous les jours. D'ailleurs, c'est sûrement lui. Alors pourquoi mon cœur bat-il si fort ?
Ça n'était qu'un cauchemar, n'est-ce pas?
La sonnette retentit. Je descends les marches quatre à quatre et me poste devant la porte. La voix de mon frère résonne encore dans ma tête: « Quoiqu'il arrive, ne les laissent jamais entrer dans la maison, sous aucun prétexte, tu m'entends? ».

Sauf que je n'ai pas à m'en faire, ça n'était qu'un rêve. Mais alors, pourquoi Papa sonne-t-il? Il n'a pas les clés?
 

J'ouvre.